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Notice complète

1/1
Auschwitz et après. 3, Mesure de nos jours
Auteur :
Delbo, Charlotte (1913-1985)
Sujet :
Témoins
Témoins
Témoins
Delbo, Charlotte (1913-1985)
Guerre mondiale (1939-1945)
Konzentrationslager Auschwitz
Guerre mondiale (1939-1945) -- Camps de concentration
Éditeur :
Minuit
Date de publication :
2016
ISBN :
9782707304032
Type de document :
Livres
Note moyenne :
5.00 / 5 sur 3 votant(s)

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Et toi, comment as-tu fait ? pourrait être le titre de ce troisième volume de Auschwitz et après. Comment as-tu fait en revenant ? Comment ont-ils fait, les rescapés des camps, pour se remettre à vivre, pour reprendre la vie dans ses plis ? C'est la question qu'on se pose, qu'on n'ose pas leur poser. Avec beaucoup d'autres questions. Car si l'on peut comprendre comment tant de déportés sont morts là-bas, on ne comprend pas, ni comment quelques-uns ont survécu, ni surtout comment ces survivants ont pu redevenir des vivants. Dans Mesure de nos jours Charlotte Delbo essaie de répondre, pour elle-même et pour d'autres, hommes et femmes, à qui elle prête sa voix.

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Date : 22/12/2013 - 14:07:00 Auteur : MissG (via Babelio)

"Mesure de nos jours" se démarque des deux premiers tomes d' "Auschwitz et après" par le fait que Charlotte Delbo n'est plus la seule narratrice, elle donne ici la parole à d'autres déporté(e)s pour tenter de répondre à la question que tout le monde se pose et n'ose leur demander : "Et toi, comment as-tu fait ?". Comment ont-ils fait pour survivre là-bas alors que tant d'autres y sont morts ? Pourquoi eux et pas les autres ? Comment ont-ils fait pour reprendre leur vie ? Comment fait-on quand on est mort pour revenir parmi les vivants et redevenir vivant ? Il y a dans ce livre autant de réponses que de témoignages, mais comme dans le précédent une vérité : ceux qui sont revenus ont vu de la Nature Humaine plus qu'ils n'en auraient jamais dû voir : "Il reste que je connais des êtres plus qu'il n'en faut connaître pour vivre à côté d'eux et qu'il y aura toujours entre eux et moi cette connaissance inutile.". Chaque personne a vécu son retour d'une façon différente, il y en a qui ont retrouvé leur famille, d'autres pour qui il n'y avait plus personne, certains se sont mariés, ont eu des enfants, d'autres sont restés seuls, certains ont dû être suivi psychologiquement, mais femmes comme hommes aucun n'a pu se réadapter complètement. Il y avait ceux qui en parlaient et ceux qui se taisaient, d'autres qui les écoutaient et ceux qui refusaient d'admettre que cela ait pu exister. Presque toutes les personnes déportées qui sont revenues ont gardé contact entre elles, elles partagent un savoir et une connaissance qualifiée d'inutile qui leur permettent de se reconnaître où qu'elles soient et quel que soit le temps écoulé, derrière l'apparence elles se reconnaissent et elles savent : "Il semble que chacune de nous ait un visage - las, usé, figé - et par-dessous ce visage abîmé, un autre visage - éclairé, mobile, celui qui est dans notre mémoire - et, plaqué sur les deux autres, un masque passe-partout, celui qu'elle met pour sortir, pour aller dans la vie, pour aborder les gens, pour prendre part à ce qui se passe autour d'elle, un masque de politesse comme celui que s'ajustent les vendeuses en même temps qu'elles enfilent leur tenue de vendeuses. Sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions la vérité de nos camarades, sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions leur visage nu par en dessous.". Tous les témoignages sont bouleversants et illustrent la difficulté de faire partie de ceux qui sont revenus, une forme de culpabilité : "Pourquoi moi et pas elle alors qu'elle était plus forte ?", et surtout l'impossibilité de repartir de zéro, de rebâtir une autre vie : "Refaire sa vie, quelle expression ... S'il y a une chose qu'on ne puisse refaire, une chose qu'on ne puisse recommencer, c'est bien sa vie.", et combien il fut difficile de poursuivre celle qui était restée en suspens pendant un, deux, trois ans voire peut-être plus. Dans "Mesure de nos jours", il n'est plus question, ou alors par bribes de souvenirs, des conditions de déportation, ce récit s'intéresse à l'Humain, au ressenti le plus profond et à la façon qu'ont eu ceux qui ne l'ont pas vécue d'appréhender ceux qui en sont revenus, au paradoxe qu'il existe entre ceux qui ont gardé leur qualité d'être humain malgré la dureté de la guerre et ceux qui en ont été dépouillés dans les camps de la mort : "Vous direz qu'on peut tout enlever à un être humain, tout sauf sa mémoire. Vous ne savez pas. On lui enlève d'abord sa qualité d'être humain et c'est alors que sa mémoire le quitte. Sa mémoire s'en va par lambeaux, comme des lambeaux de peau brûlée. Qu'ainsi dépouillé il survive, c'est ce que vous ne comprenez pas. C'est ce que je ne sais pas vous expliquer. Enfin, pour les quelques uns qui ont survécu. On nomme miracle l'inexpliqué.". Il ne faut pas attendre de ce récit des réponses aux questions que l'on se pose, c'est une tentative de réponse, la vision de Charlotte Delbo mais aussi celles d'autres personnes déportées comme elle. Le titre fait à la fois référence au temps qui paraissait extrêmement long en déportation, de ces journées de travail qui n'en finissaient pas ponctuées de l'appel interminable du matin et du même le soir; mais également du temps qui s'est écoulé depuis leur retour, d'une journée qui n'a plus la même signification temporelle et du temps et des années qui passent qui ne s'écoulent plus de la même façon. Il ne faut pas y voir une forme d'égoïsme, ces personnes sont revenues brisées physiquement et psychologiquement, elles font en quelque sorte semblant d'être comme tout le monde mais entre elles elles ne se mentent pas et ne se cachent pas, elles peuvent se permettre de se dire des choses qu'elles n'oseraient pas avec d'autres : "Seule l'une d'elles pouvait se permettre une question aussi directe, seule obtenir que j'y réponde tout droit, sans trouver indiscrète la question.". Il existe de nombreux témoignages sur la déportation, l'oeuvre de Charlotte Delbo a le mérite de s'attacher également à raconter le retour et l'extrême difficulté de reprendre une vie et de se fondre à nouveau dans la masse. Comme pour les deux précédents tomes, le style de Charlotte Delbo mêle réalité crue et poésie, donnant ainsi une beauté à ce récit pourtant cruel, barbare, en un mot horrible. "Auschwitz et après" forme avec ses trois tomes un tout indissociable, un témoignage bouleversant et fort qui fait toucher au lecteur la vérité. Ce récit, outre son caractère de témoignage sacré, a eu le mérite de me permettre de me rendre compte d'une chose : j'aurai beau lire tout ou presque ce qui existe sur ce sujet, jamais je n'arriverai à comprendre et à réaliser pleinement ce que la déportation a été et finalement, je crois que je n'ai pas envie de la connaître cette connaissance qualifiée par Charlotte Delbo d'inutile. Par contre, j'ai toujours envie d'apprendre cette connaissance utile qui ressort de témoignages comme celui de Charlotte Delbo, c'est pourquoi je continuerai d'en lire et que je garderai précieusement à portée de main les trois tomes composant "Auschwitz et après".
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Date : 17/02/2014 - 15:35:37 Auteur : Annette55 (via Babelio)

On se sent très humble ,presque démuni pour commenter ce document. L'auteur,Charlotte Delbo prête sa voix à celle et à ceux qui sont revenus des camps. Ce livre parle du retour, de l'après, de la vie d'après. Et toi,comment as tu fait? Reprendre la vie,comment,pourquoi? Pour qui?,pour la mémoire,pour la liberté, contre l'oubli,contre"on ne le savait pas", "cela n'arrive qu'aux autres" contre tous les racismes, ceux d' hier,ceux d ´aujourd'hui,parler du passé pour demain,transmettre,dire........ C'est une voix poignante ,faite pour être entendue:"Oublier est impossible", " Je ne suis pas vivante". " Le temps ne passe pas,il n'estompe rien, il n'use rien,je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit." "Pourquoi n'étais - je pas mort là- bas?" "Même en été j'ai froid ". Cette écriture simple,dépouillée ,fluide m'a bouleversée. Avec un détachement apparent ,un naturel désarmant,une infinie sensibilité l'auteur explique que le retour des femmes déportées a été très difficile,le décalage immense entre l'espérance qui les avait soutenues et la réalité. Ce décalage explique le silence qui a duré des années avant qu'elles souhaitent témoigner de leur épreuve. Un livre qui ne vous laisse pas indemne de par sa simplicité et sa réalité crue,sans fioritures,un véritable travail de mémoire offert comme une expiation de toutes ces douleurs ,à peine compréhensibles ,pour ceux qui ne l'ont point vécu,un respect total et une grande admiration pour toutes ces femmes et ces hommes là!.
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Date : 19/07/2015 - 13:13:52 Auteur : vdujardin (via Babelio)

Comme dans les précédents volumes, Aucun de nous ne reviendra et Une connaissance inutile, le texte de Charlotte Delbo est très agréable à lire, avec une majorité en prose mais aussi quelques textes en vers. L'ensemble est écrit à la première personne, mais chaque chapitre rapporte le témoignage du retour des déportées, pour la plupart des co-détenues du Convoi du 24 janvier, comment elles se sont réinsérées ou pas dans la vie, la maladie, la faiblesse des indemnités, surtout pour celles qui n'ont pas été reconnues comme résistantes, celles et ceux qui ont été entourés au retour, mais aussi ceux dont le retour n'était pas attendu, avec des proches qui avaient parfois refait leur vie. Certaines reviennent sur leur arrestation, les interrogatoires, le séjour à Drancy ou à Romainville, beaucoup sur la difficulté à revenir dans la vie « ordinaire », la difficulté de « parler de là-bas ». Le retour à Auschwitz (Birkenau et Rajsko) ou à Ravensbrück, des années plus tard, permettra a certaines de trouver un sens à leur vie, si c'est possible, en s'engageant dans la transmission de la mémoire.[la suite sur mon blog]
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Date : 08/05/2016 - 14:36:12 Auteur : Danieljean (via Babelio)

Avec beaucoup de sensibilité, l'auteur explique que le retour des femmes déportées a été une épreuve très difficile. le décalage entre l'espérance qui les avait soutenues et la réalité a été très important. Ce décalage explique un silence qui a duré des années avant qu'elles souhaitent témoigner de leur épreuve.
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Date : 15/12/2016 - 12:23:51 Auteur : charlitdeslivres (via Babelio)

Cet ultime témoignage nous permet de surtout réfléchir « à l'après ». Comment faire lorsque l'on revient à la civilisation, lorsque l'on revient à la vie ?! Charlotte Delbo prête sa voix à ses camarades pour nous montrer comment chacune s'est retournée, une fois libérée des camps. Comment peut-on même envisager de vivre, après avoir connu l'horreur la plus totale, c'est sous la forme de court témoignage que l'auteure nous livre un bout de réponse. En prêtant sa voix, elle nous donne différente façon de faire. Nous sommes toutes différentes et notre rapport à la vie comme à la mort est propre à chacune. Ici nous le découvrons plus que jamais. Certaines ont le besoin de tout raconter et de tout connaître. D'autres s'enfuissent dans l'isolement le plus totale. D'autres vivent à travers leurs enfants, leurs travaux. En résumé chacune tentent de se remettre au mieux dans la vie qui lui est propre. L'important étant de vivre mais comment faire, lorsque l'on a tout perdu, jusqu'à son humanité : comment se réadapter ? Ce qui est intéressant c'est la manière dont Charlotte Delbo traite le sujet. Elle nous montre bien que le monde lui a continué de tourner et personne ne peut imaginer ce qu'il s'est déroulé. Car les femmes dans les camps coupées de tout, commencent à réaliser que la vie à l'extérieur n'a pas été une partie de plaisir non plus. Et les personnes qui n'ont pas connu les camps veulent comprendre et s'interrogent, presque de manière intempestive …. La curiosité est parfois mal placée. Cet ultime volet apporte donc une merveilleuse conclusion. Charlotte Delbo a réalisé un travail remarquable sur ces trois textes. Elle nous livre des témoignages bouleversant, et à travers elle, c'est les voix de centaines de femmes déportées qui peuvent se lever et crier leur passé ou choisir de se taire à jamais. Car maintenant qu'elles sont libres, elles peuvent choisir d'oublier ou de livrer leur expérience. Un texte juste et poignant qui laisse à réfléchir par rapport à notre propre rôle face à ces femmes. Car lorsque nous continuons à vivre comme si de rien n'était, il ne faut pas oublier qu'elles étaient nos mères, nos soeurs, nos amies ou encore nos voisines. Il ne faudra jamais oublier leur mémoire, et grâce à ce bouleversant récit, on nous permet d'ouvrir les yeux et l'esprit face à cette réalité.
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